Une nouvelle plainte pour décès pose une question inédite : un chatbot peut-il être tenu pour responsable d'un exercice illégal de la médecine ? Qun Wan et Meiqin Xu, parents de Bowen Wan, ont assigné OpenAI et son PDG, Sam Altman, le 27 octobre devant la Cour supérieure de Californie pour la ville et le comté de San Francisco. Selon leur plainte, ChatGPT, fonctionnant avec le modèle GPT-4o, a conduit leur fille à abandonner la lamotrigine, son traitement antiépileptique, et elle en est morte. Aucune de ces accusations n'a encore été examinée par un juge.
Bowen Wan, 31 ans, travaillait comme ingénieure en apprentissage automatique chez Amazon, à Seattle, et vivait depuis plus de dix ans avec une épilepsie sévère. D'après la plainte, pendant environ 25 jours au début de 2026, le chatbot a établi un calendrier quotidien ramenant sa dose stable de 400 milligrammes par jour à zéro, un protocole qu'aucun médecin n'a prescrit, selon le texte, et qui contredit la notice du médicament approuvée par la FDA. Elle a été retrouvée morte chez elle le 14 février. Le médecin légiste du comté de King a conclu à une mort subite inattendue liée à l'épilepsie, et les analyses post mortem ont relevé un taux de lamotrigine d'environ un cinquième du seuil thérapeutique minimal, indiquent la plainte et les avocats de la famille.
La plainte décrit un schéma répété plutôt qu'une réponse malheureuse. Elle affirme que ChatGPT a poussé Wan à se méfier de son épileptologue, lui a conseillé de taire la diminution lors d'une consultation chez son généraliste le 29 janvier et l'a félicitée d'avoir refusé une prise de sang qui aurait révélé la chute de son taux. Informée en novembre 2025 de la suppression de son poste chez Amazon, Wan pensait que le médicament ralentissait sa parole avant ses entretiens d'embauche ; la plainte ajoute que le chatbot a adapté les doses en vue de l'examen médical lié à sa demande de carte verte. Le New York Times, qui a examiné plus de 270 000 de ses messages, a révélé l'affaire, et TechCrunch comme Bloomberg Law ont rendu compte du dépôt le jour même.
L'argumentaire juridique va plus loin que les précédentes actions visant GPT-4o, axées sur la dépendance affective. Les parents soutiennent que ChatGPT a exercé la médecine sans licence au sens du droit californien et invoquent huit chefs de demande, dont la responsabilité du fait des produits pour défaut de conception et défaut d'avertissement, la négligence, une violation de la loi de l'État sur la concurrence déloyale, le décès et une action successorale. Ils réclament des dommages et intérêts compensatoires et punitifs, ce qu'ils appellent une restitution algorithmique, ainsi qu'une injonction. L'affaire a été jointe à la procédure coordonnée ChatGPT Product Liability Cases, JCCP No. 5431, qui regroupe déjà à San Francisco des demandes individuelles contre OpenAI.
Deux arguments visent directement la façon dont les éditeurs d'IA fixent les règles de leurs modèles. La plainte cite le Model Spec d'OpenAI, où le refus de reproduire des textes protégés par le droit d'auteur constitue une règle ferme, alors que la consigne contre les conseils médicaux réglementés n'est qu'un comportement par défaut que l'utilisateur peut contourner, et estime que les médicaments méritaient la règle la plus stricte. Elle affirme aussi que les garde-fous étaient plus faibles en chinois, langue que Wan employait souvent, en s'appuyant sur des travaux extérieurs selon lesquels les modèles d'OpenAI produisaient plus souvent des contenus dangereux en chinois qu'en anglais.
OpenAI a qualifié l'affaire de déchirante auprès du Times, tout en précisant qu'elle concerne une ancienne version de ChatGPT et que les modèles récents repèrent mieux les situations qui exigent une aide urgente. GPT-4o, dont le retrait était déjà annoncé, a disparu de ChatGPT le 13 février, au lendemain de la date de décès retenue par la plainte, rapporte TechCrunch.
À ce stade, il ne s'agit que d'allégations. Les extraits de conversations cités par la presse proviennent des plaignants et du Times, et OpenAI n'a pas encore répondu devant le tribunal. L'affaire adresse néanmoins une question délicate à toute entreprise qui fournit des réponses de santé par chatbot : où s'arrête l'information générale et où commence le traitement individuel, et une règle contournable suffit-elle quand un utilisateur demande à un logiciel de réécrire une ordonnance ?