La New York Times Company a porté plainte lundi 2 novembre 2026 contre Brave Software, l'éditeur du navigateur Brave axé sur la confidentialité et du moteur Brave Search, devant le tribunal fédéral du district sud de New York. La plainte, enregistrée sous le numéro 1:26-cv-09549, accuse Brave de copier sans autorisation le travail du quotidien et de le diffuser à la fois à ses propres utilisateurs et à des entreprises d'IA générative, ainsi que de proposer des outils destinés à contourner le paywall du journal. Le même jour, le Daily News, le Chicago Tribune et l'Orlando Sentinel ont déposé une plainte comparable contre Brave devant la même juridiction.
Au cœur de l'affaire se trouve ce que le journal appelle le Brave Index. Selon la plainte, Brave a bâti son propre moteur de recherche en aspirant le web dans un index qui, d'après l'entreprise elle-même, compte plus de 30 milliards de pages, sans jamais dévoiler le nom de son robot d'indexation. Le Times estime que les éditeurs n'avaient dès lors aucun moyen d'identifier ce robot ni de le bloquer. Le document indique qu'à partir de 2023, faute de percée dans la recherche, Brave a commencé à monétiser cet index par d'autres moyens.
Le premier, selon la plainte, est Ask Brave, une fonction d'IA qui répond aux requêtes en transmettant des pages de l'index à un grand modèle de langage par génération augmentée par récupération, une capacité que Brave commercialise sous le nom d'AI Grounding. Le journal affirme que ces réponses reprennent souvent mot pour mot des passages de ses articles ou en livrent des résumés détaillés. Le second est la Brave Search API, présentée dans la plainte comme une source illicite de contenus non autorisés pour d'autres entreprises d'IA, qui paient un accès en temps réel à l'index pour entraîner leurs modèles, répondre aux questions des utilisateurs, ou les deux. Le texte cite des produits de l'API promus par Brave, dont un index d'actualités et un service baptisé LLM Context qui renvoie des extraits de pages déjà découpés pour un modèle.
La plainte désigne Anthropic, Perplexity, Mistral, xAI et Cohere comme des clients ayant reçu ces contenus, en s'appuyant sur le marketing de Brave, sans toutefois les poursuivre. Elle cite aussi un billet de blog de Brave datant de 2023, selon lequel Anthropic a utilisé l'API pour entraîner Claude 2. Le Times s'en prend également à l'option Paywall blocker du navigateur, que Brave vante comme un moyen de contourner les paywalls, au fil Brave News et à la pratique consistant à supprimer les publicités des éditeurs pour afficher les siennes.
La plainte s'articule autour de cinq chefs : contrefaçon directe, contributive et du fait d'autrui ; violation des dispositions anticontournement du Digital Millennium Copyright Act ; et enrichissement sans cause au regard du droit new-yorkais. Le journal réclame des dommages et intérêts légaux et réels, la restitution des bénéfices, une injonction permanente et le remboursement de ses frais, et demande un procès devant jury. Il compare Brave à un cambrioleur doublé d'un receleur de l'IA qui revend des contenus volés à des tiers.
Graham James, porte-parole du Times, a déclaré à The Verge que Brave avait ignoré des demandes répétées de cesser et que le journal avait saisi la justice pour lui faire rendre des comptes sur l'utilisation de ses contenus dans ses propres produits et leur fourniture à des entreprises d'IA aux moyens considérables. Steven Lieberman, l'avocat qui a déposé la plainte des autres éditeurs et qui signe aussi celle du Times, a estimé que Brave vendait aux entreprises d'IA une porte dérobée vers le journalisme. Brave n'avait pas réagi lors de la publication des articles de TechCrunch et de The Verge. Jesse Dwyer, directeur de la communication de Perplexity, a balayé la plainte en affirmant à The Verge que le Times payait trop ses avocats et pas assez ses journalistes.
L'affaire ouvre un nouveau front dans l'offensive judiciaire des éditeurs face à l'IA. D'après TechCrunch, le Times poursuit déjà OpenAI et Perplexity pour des griefs similaires, mais cette action vise un intermédiaire qui fournit des données de recherche à de nombreux développeurs d'IA, et non un concepteur de modèles. TechCrunch précise que Brave, fondée en 2015, a levé environ 250 millions de dollars selon les plateformes de suivi du capital privé. Les accusations n'ont pas encore été examinées par le tribunal.