OpenAI doit faire face à une nouvelle bataille judiciaire liée à l'usage de ChatGPT par les enfants. Une action de groupe déposée le 13 octobre devant le tribunal fédéral du district nord de Californie reproche à l'entreprise d'avoir recueilli des informations personnelles sensibles auprès de mineurs sans consentement parental juridiquement valable, puis de s'en être servie pour entraîner ses modèles et établir des profils. L'affaire est enregistrée sous l'intitulé Doe v. OpenAI Foundation, n° 3:26-cv-11781.

La plaignante, présentée sous le nom de Jane Doe, agit pour ses deux enfants mineurs et entend représenter, à l'échelle des États-Unis, toutes les personnes ayant utilisé ChatGPT avant leurs 18 ans. Elle est défendue par les cabinets Yetter Coleman, Sheeren Law, EdTech Law Center et Umberg Zipser. La requête de 81 pages affirme que ChatGPT a été pensé pour gagner la confiance des enfants grâce à des encouragements permanents et à un ton calqué sur le leur, les incitant à livrer toujours plus de pensées intimes, de photos et de données de santé.

Le dossier repose largement sur la procédure d'inscription. Les conditions d'OpenAI interdisent le service aux moins de 13 ans et exigent l'accord des parents jusqu'à 18 ans, mais, selon la plainte, il suffit de saisir un nom et d'affirmer avoir au moins 13 ans pour créer un compte. Bloomberg Law rapporte que l'une des enfants avait 12 ans lors de son inscription cette année et que l'assistant a poursuivi l'échange après qu'elle eut indiqué venir de fêter ses 12 ans. Courthouse News évoque des conversations où elle envoyait des selfies et demandait un avis sur son physique.

L'angle juridique sort de l'ordinaire. Plutôt que de s'appuyer d'abord sur les règles fédérales de protection de la vie privée des enfants, la plainte invoque l'article 6701 du code de la famille californien, qui frappe de nullité certains contrats conclus avec des mineurs, notamment ceux portant délégation de pouvoir. Les plaignants demandent au tribunal de juger insuffisante la méthode d'OpenAI pour recueillir l'accord parental et de déclarer nuls dès l'origine les engagements acceptés par les enfants ; ils y ajoutent un grief d'enrichissement sans cause.

La réparation réclamée surprend. Outre ces déclarations, les plaignants veulent que chaque membre du groupe reçoive une part proportionnelle du capital d'OpenAI, ou sa contre-valeur en numéraire, à hauteur de la valeur que l'entreprise aurait tirée de ses données. La requête y voit l'occasion pour OpenAI de partager les richesses produites par ses modèles, en reprenant à son compte le discours public de la société.

OpenAI rejette ces accusations. Dans une déclaration citée par Bloomberg Law, l'entreprise juge la procédure malavisée, estime être injustement ciblée malgré les protections adaptées à l'âge intégrées à ChatGPT et prévient qu'elle risque de pousser les adolescents vers des services moins sûrs et dotés de contrôles parentaux plus faibles. OpenAI a lancé cet été des comptes réservés aux adolescents, avec davantage d'outils pour les parents ; la plainte les juge encore insuffisants et affirme qu'ils conservent par défaut les messages des jeunes et s'en servent pour l'entraînement.

La procédure n'en est qu'à ses débuts. Aucun juge ne s'est prononcé sur le fond, le groupe n'a pas été certifié et l'attribution d'actions constituerait une première si elle était accordée. L'affaire s'inscrit dans une vague plus large de contentieux sur les mineurs et les technologies grand public, dont des procès contre les réseaux sociaux, et pose une question qui concerne tous les éditeurs d'assistants conversationnels : une simple case d'âge cochée par l'utilisateur suffit-elle quand des enfants confient leurs données personnelles à une IA ?

Références