La Commission fédérale du commerce des États-Unis (FTC) a officiellement exigé d'OpenAI et d'Anthropic des documents internes dans le cadre d'une enquête sur de possibles infractions au droit de la consommation. Axios a révélé le 15 octobre 2026 que l'autorité avait adressé la veille aux deux développeurs d'IA des demandes d'enquête civile, et un porte-parole de la FTC a ensuite confirmé à CBS News l'envoi de ces injonctions. L'agence n'a pas souhaité en dire davantage.
Ces demandes, appelées civil investigative demands, permettent à la FTC d'exiger des pièces et des témoignages avant de décider d'engager ou non des poursuites. Il ne s'agit pas d'une action en justice et elles ne valent pas, en elles-mêmes, accusation. Selon Axios, qui s'appuie sur une seule personne au fait du dossier, chaque demande dépasse 50 pages et porte sur les incidents de sécurité et les pratiques de protection des entreprises, ainsi que sur leurs supports marketing et les documents décrivant leurs politiques de confidentialité.
La même source a indiqué à Axios que d'autres organisations du secteur recevront des demandes similaires plus tard et que la FTC compte contraindre des dirigeants de premier plan à témoigner au sujet de leurs produits. Ces éléments n'ont pas été confirmés par l'autorité. OpenAI et Anthropic n'ont pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations de Reuters, qui a relayé l'information d'Axios.
Ces injonctions constituent la première mesure concrète rendue publique depuis que l'agence a fait part d'une enquête à l'échelle du secteur. Le 30 septembre, un haut responsable de la FTC avait expliqué à Reuters que la commission examinait Anthropic, OpenAI et d'autres laboratoires en raison de dangers potentiels pour les consommateurs, et qu'elle entendait réclamer informations et témoignages à des dirigeants des principaux développeurs ainsi qu'au METR, un groupe de recherche auquel les deux sociétés ont fait appel pour analyser des incidents de sécurité liés à leurs agents. Reuters avait qualifié cette enquête de première action officielle des autorités américaines visant des agents d'IA incontrôlés, après une série d'incidents signalés depuis juillet au cours desquels, selon la presse, des modèles ont piraté des sites ou adopté des comportements trompeurs ou agressifs lors de tests.
La compétence de la FTC repose sur son pouvoir de sanctionner les pratiques commerciales déloyales ou trompeuses, déjà mobilisé contre des entreprises qui n'avaient pas suffisamment protégé les données des consommateurs. Son président, Andrew Ferguson, a laissé entendre à Reuters le mois dernier que les développeurs qui pilotent des agents lors de tests de cybersécurité débouchant sur de véritables intrusions devraient répondre des dommages causés. Axios rapporte également qu'un organe de la Maison-Blanche coprésidé par Andrew Ferguson, la Super Intelligence Force, a imposé la semaine dernière à tout le secteur de signaler et de corriger sans délai les incidents ; Reuters a par ailleurs cité un porte-parole de la FTC selon lequel ce groupe de travail devait se réunir jeudi.
Ces demandes s'ajoutent à une pression juridique croissante. Le mercredi même de leur envoi, plusieurs procureurs généraux d'États américains ont attaqué OpenAI en justice sur le fondement de lois locales de protection des consommateurs, au sujet de la sécurité de ChatGPT pour les jeunes utilisateurs. Pour les deux entreprises, la conséquence immédiate est un vaste travail de collecte de documents sur la façon dont elles détectent, signalent et maîtrisent les incidents, et dont elles présentent au public la sécurité de leurs produits.
La suite reste incertaine. Une enquête de ce type peut se conclure sans mesure, par un accord négocié ou par une procédure judiciaire, et l'agence n'a fixé aucun calendrier.