La procédure engagée par la NAACP contre xAI va se poursuivre. Dans un avis assorti d'une ordonnance signée le vendredi 30 octobre, la juge fédérale Debra M. Brown, du district nord du Mississippi, a rejeté la requête en irrecevabilité déposée par X.AI Corp. et sa filiale MZX Tech LLC. Le litige porte sur une centrale au gaz implantée à Southaven, dans le comté de DeSoto, qui alimente le centre de données Colossus 2 dans l'agglomération de Memphis et fonctionnerait, selon les plaignants, sans les permis qu'impose le Clean Air Act, la loi fédérale sur la qualité de l'air.
La plainte a été déposée en avril 2026 par la NAACP et sa branche du Mississippi, défendues par le Southern Environmental Law Center et Earthjustice. D'après le résumé qu'en fait le tribunal, les turbines ont été installées entre le 1er août et le 18 décembre 2025, et au moins 27 unités se trouvaient sur place au 7 avril 2026 : quatorze SMT-130, une M35 et douze TM 2500 de trois générations, pour une puissance cumulée d'au moins 495 mégawatts. Les plaignants évaluent les rejets annuels possibles à environ 1 700 tonnes d'oxydes d'azote, 580 tonnes de monoxyde de carbone, 180 tonnes de particules fines et 19 tonnes de formaldéhyde. Ils affirment qu'aucune des deux sociétés n'a demandé le permis fédéral de prévention de la détérioration significative, ni le permis de construire de l'État, ni de permis d'exploitation. Ils réclament une injonction, des équipements antipollution et des amendes civiles pouvant atteindre 124 426 dollars par jour et par infraction.
xAI avançait trois arguments. D'abord, la NAACP n'aurait pas qualité pour agir, puisqu'elle invoque uniquement un préjudice subi par ses membres et non par l'association elle-même. Ensuite, les turbines relèveraient des sources mobiles, exclues du régime d'autorisation : l'entreprise s'appuyait sur un message du 29 juillet 2025 dans lequel l'agence environnementale du Mississippi, le MDEQ, les jugeait mobiles parce que chacune repose sur une remorque plateau, et temporaires parce qu'elles devaient rester moins de douze mois. Enfin, les actions intentées par des citoyens au titre du Clean Air Act seraient inconstitutionnelles, car elles confieraient à des particuliers un pouvoir relevant de l'exécutif.
La juge a écarté les trois. Selon elle, la formule légale permettant au citoyen d'agir pour son propre compte n'interdit pas à une association de défendre ses adhérents, et cette affaire sert aussi la mission de la NAACP, qui considère les atteintes environnementales comme une question de droits civiques. Sur le point central, elle a retenu la définition fédérale d'une source mobile, qui recouvre les véhicules à moteur, les moteurs et véhicules non routiers. Les turbines ne sont manifestement pas des véhicules. Elles ne peuvent pas davantage être des moteurs non routiers, a-t-elle expliqué, car les normes fédérales de performance de la Subpart KKKK s'appliquent aux turbines à combustion fixes d'une puissance thermique d'au moins 10 MMBtu par heure, même lorsqu'elles sont posées sur un véhicule pour être déplaçables, et chaque unité de Southaven dépasserait ce seuil d'après la plainte.
Le courrier de l'agence de l'État n'a pas suffi. En droit du Mississippi, les tribunaux ne s'en remettent pas à l'interprétation qu'une administration donne d'un texte, et la juge a estimé que la lecture du MDEQ ne reposait sur aucun élément technique relevant de son expertise et allait à l'encontre du plan de mise en œuvre de l'État. L'argument tiré d'un défaut d'avertissement préalable a lui aussi échoué, le MDEQ n'ayant ni changé de position ni engagé de poursuites. Quant aux actions citoyennes, la magistrate a jugé que des plaignants agissant en leur nom, pour des dommages qui les touchent, n'exercent pas le pouvoir exécutif fédéral.
C'est le deuxième revers de xAI dans ce dossier en à peu près deux semaines. Le 19 octobre, le même tribunal avait autorisé les États-Unis à intervenir au nom de l'administrateur de l'EPA, tout en refusant leur demande de classement : la loi ne permet pas à l'agence de mettre fin à une action citoyenne contre l'avis des demandeurs. Une demande de mesure provisoire déposée en juin, qui suspendrait la centrale jusqu'à l'obtention des permis, n'a pas encore été tranchée. L'ordonnance relève par ailleurs qu'une fois le chantier lancé, le MDEQ a accordé à MZX Tech un permis pour une autre centrale au gaz sur le même site, qui ne couvre aucune des turbines contestées.
Prudence toutefois : la décision intervient au stade préliminaire, le tribunal ayant tenu pour vrais les faits allégués sans conclure que xAI a enfreint la loi. L'entreprise peut encore contester les faits, les estimations d'émissions et les éventuelles sanctions, et la juge souligne que les intentions de xAI comme le caractère raisonnable de sa lecture du courrier de l'État restent à établir. SpaceX, désormais propriétaire de xAI qu'elle présente sous le nom de SpaceXAI, n'a pas répondu dans l'immédiat à CNBC ni à TechCrunch. L'enjeu dépasse Memphis : des turbines installées sur place permettent d'alimenter un nouveau centre de données d'IA avant l'arrivée d'un raccordement durable, et la décision indique qu'une remorque et l'étiquette de temporaire ne suffisent pas à échapper aux autorisations fédérales sur l'air.